Comme vous le savez, depuis plus d’un an que nous avons investi et créé une entreprise en Roumanie, je me rends là-bas à raison de deux fois une semaine tous les mois.
L’un de mes derniers séjours m’a donné l’occasion de faire la connaissance d’un entrepreneur pour le moins surprenant... Il s’agit pourtant d’un chef d’entreprise qui lève des fonds, se crée un réseau professionnel, développe et concrétise des projets... Bref, un « entrepreneur » selon la définition classique du terme mais dont les objectifs sont quelque peu... différents. Ces objectifs sont empreints d’altruisme et les éléments « temps » ou « délais d’avancement » dans ses projets ont moins d’importance qu’à l’accoutumé et passent au plan secondaire.
Cet entrepreneur pas comme les autres, c’est Frère Mathieu.
Il y a quelques semaines à peine, j’étais son invité au sein de la Congrégation Saint-Jean à Bucarest et j’ai pu visiter le site Adunatii Copaceni, situé à l’extérieur de la capitale. Il s’agit d’une vaste propriété, jadis à l’abandon, dont les nombreux bâtiments et dépendances étaient en très mauvais état, voire pratiquement en ruine. Le site est aujourd’hui géré par Frère Mathieu. Avec d’autres Frères de la Congrégation, il travaille à la restauration du site avec le projet d’y regrouper les partisans catholiques et orthodoxes, dont les croyances sont différentes certes, mais très rapprochées.
Par la force du hasard, ayant rencontré des jeunes dans le besoin, Frère Mathieu a décidé, à côté de son projet initial, que le site Adunatti Copaceni pourrait par ailleurs devenir un lieu d’accueil pour les enfants de la rue, que l’on appelle là-bas les « volontaires ». Ces enfants de tous âges doivent obtenir l’autorisation d’être hébergés sur le site, et peuvent repartir dès qu’ils en trouvent la force, pour éventuellement demander ensuite à y revenir vivre quelques temps en cas de problème.
Au sein de la Congrégation, ils sont écoutés et aidés évidemment, mais surtout ils sont amenés à travailler, à participer aux tâches, ménagères, agricoles, par exemple, et aux travaux d’aménagement des locaux, en fonction de leurs compétences. A ce jour, les principales réalisations sont la transformation de dépendances en cuisines, en salles à manger et en chambres pour les volontaires. La prochaine étape sera la finalisation de l’atelier de menuiserie, où sont regroupés quelques scies ou autres matériaux et outils « de récupération ».
La vie sur le site Adunatii Copaceni est organisée en autarcie. Les produits consommés sont préparés sur base de ce qui est disponible sur le site. Il y a des animaux, des arbres fruitiers, des potagers. Un vieil hangar abrite un tracteur de quelques générations antérieures.
Le projet développé par Frère Mathieu est donc des plus admirables. Mais la gestion de son entreprise n’est pas facile... Les seuls moyens à partir desquels le projet peut évoluer sont tout à fait limités : tout provient de dons réalisés au bénéfice de la Congrégation. Les travaux sont réalisés par les volontaires, avec de l’outillage parfois inadapté, et des matériaux souvent insuffisants. Quand les fonds viennent à manquer, il ne reste alors qu’à attendre un nouveau don, qui permette de poursuivre les chantiers engagés.
Lorsque je repense à Adunatii Copaceni, où j’ai d’ailleurs rencontré d’autres hommes d’affaires belges ou français ayant développé du business en Roumanie, et à mon rôle comme entrepreneur, je me dis que -personnellement- je ne pourrai pas m’engager dans un tel projet. Notamment parce que j’ai besoin que les projets avancent rapidement et que je n’aurais pas la patience d’attendre…
Mais je ne peux être qu’admiratif devant ce surprenant entrepreneur... Quel rôle remarquable, qu’est celui de Frère Mathieu et quelle conviction d’arriver un jour à ses fins, en passant par de nombreuses étapes réalisées au compte-gouttes.
Si j’avais jusque là une certaine vision du monde monastique, j’étais loin d’imaginer que des entrepreneurs tels que Frère Mathieu puissent utiliser avec autant de « professionnalisme » les mêmes méthodes qu’un chef d’entreprise « classique »... Même si les objectifs sont au combien différents.
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