Dans ma dernière note, je vous proposais de vous entretenir des différents points évoqués lors de ma présentation en Pologne. Les organisateurs m’avaient demandé d’apporter un témoignage pratique et vivant qui mette l’accent sur notre expérience en Roumanie. Préparer cette présentation a donc été l’occasion, après un an de présence en Europe de l’Est, de faire le point sur les raisons qui avaient motivé notre décision d’investir là-bas pour les partager avec ces jeunes entrepreneurs...
Globalement, on pourrait schématiser cette démarche à partir de 4 grandes questions :
1 - Pourquoi avons-nous un jour décidé d’investir dans les Pays de l’Est ?
2 - Pourquoi la Roumanie en particulier ?
3 - Quels sont les facteurs décisifs de succès d’une telle aventure ?
4 - Quels sont les éléments clé pour réussir la reprise d’une entreprise locale ?
A l’origine, il y a une réflexion fondamentale : dans certains métiers, les entreprises européennes, belges, wallonnes perdent -à cause d’un manque de compétitivité- de plus en plus de parts de marché au profit d’entreprises qui produisent, entre autres, dans les pays de l’Est. En outre, lorsque l’on se tourne vers les grandes multinationales, industrielles notamment, on se rend vite compte que la plupart d’entre elles sont déjà solidement implantées en Europe de l’Est. A partir de là, une constatation s’impose : dans des métiers industriels comme les nôtres (et particulièrement dans des activités de type labour intensive), si la seule solution que nous sommes en mesure d’offrir à nos clients est exclusivement « Made in Belgium », le risque est grand que d’ici les 5 prochaines années nous nous retrouvions dans une situation franchement inconfortable...
Alors, bien sûr, il n’existe pas UNE solution simple et universelle à ce problème... Mais l’une des alternatives à laquelle nous croyons fortement consiste à diversifier les sites de production et à s’implanter dans des pays émergents pour y jouer le rôle d’un acteur local.
La Roumanie, par exemple, est un marché de quelque 22 millions d’habitants ou pour ainsi dire tout ou presque reste à faire. Les besoins du marché intérieur du pays sont énormes...
Je vous le disais, de tous les pays dits « émergents » en l’Europe de l’Est, c’est vers la Roumanie que nos yeux se sont finalement tournés. Mais avant de poser ce choix stratégique, d’autres possibilités avaient été envisagées... Ainsi, dans un premier temps, c’est d’abord vers la Slovaquie que s’est porté notre intérêt. Mais, rapidement, cette option fut écartée en raison, notamment, d’un grand décalage culturel, d’une « administration bureaucratique » et surtout de l’étroitesse du marché slovaque.
Je vous le disais également, lorsque l’on regarde du côté des grandes multinationales on constate que la plupart d’entre elles sont implantée en Europe de l’Est... mais peu le sont en Roumanie par rapport à des pays comme la Pologne, la République Tchèque. Ce pays donne donc à des moyennes entreprises comme la nôtre l’inestimable opportunité de se positionner en « first mover » et de pouvoir prendre des parts sur le marché local. C’est là, sans doute, l’un des avantages primordiaux aujourd’hui de la Roumanie par rapport à ses voisins.
Mais le pays ne manque pas d’autres atouts : tout d’abord, la proximité géographique (Bucarest n’est qu’à un peu plus de 2 heures de vol de Bruxelles ou Paris), ensuite la proximité culturelle : le roumain est une langue latine au vocabulaire souvent fort proche du français, et l’usage de l’anglais est très répandu notamment chez les jeunes. Mais plus important encore: on trouve généralement une très forte motivation professionnelle dans la population qui envisage le travail comme un outil pour élever son niveau de vie. Ajouter à cela un très bon niveau moyen de formation, une politique gouvernementale d’ouverture aux investissements étrangers, un rapport coût/productivité parmi les plus intéressants d’Europe, une fiscalité avantageuse pour les entreprises, ... et bien évidemment la récente entrée du pays dans l’UE le 1er janvier dernier. Le tout résonne comme un appel au cœur des entrepreneurs.
Mais ces avantages avérés ne sont pas tout. Même dans un contexte aussi favorable, il faut garder à l’esprit un certain nombre de critères fondamentaux si l’on veut que l’aventure se transforme en succès. Quels sont ces facteurs de réussite ? Evidemment, chaque cas est plus ou moins particulier... La liste de points repris ci-dessous n’est donc bien sûr pas exhaustive, elle n’a pas non plus été établie sur la base d’un ordre quel qu’il soit et elle ne prétend nullement à servir de référence ; je vous livre ici simplement en pâture le fruit de notre réflexion et de notre expérience personnelle et subjective:
1. Pour parvenir au succès, il vous faut impérativement trouver LA personne de confiance et d’une grande honnêteté à qui déléguer la gestion quotidienne de votre filiale ; une personne qui dispose d’un bon réseau professionnel sur place.
2. Consacrer du temps à la conduite d’une analyse du marché.
3. Apporter une valeur ajoutée distinctive par rapport aux autres acteurs.
4. Consacrer beaucoup de temps et d’énergie dans le développement de l’activité et dans la transmission de l’esprit et des valeurs de l’entreprise (mon expérience personnelle : une semaine sur deux en Roumanie... rien de moins !).
5. Ne jamais oublier que tout va toujours moins vite que prévu ; donc, soyez prévoyants !
Enfin, toujours sur la base de notre expérience personnelle, quelles sont les éléments clé dans la reprise d’une entreprise locale...
1. S’assurer que l’entreprise dispose d’un savoir-faire technique de valeur.
2. Favoriser les reprises via Asset Deal pour limiter les mauvaises surprises.
3. S’adjoindre les services de juristes spécialisés et compétents pour « blinder » les transactions.
4. Compléter rapidement le management en place avec de nouveaux collaborateurs en phase avec les nouveaux objectifs de l’entreprise.
5. Mener un programme d’investissements pour soutenir le développement de l’activité grâce à du matériel de qualité.
Encore une fois, ces dix derniers points, sous forme de conseils, sont le résultat d’une expérience personnelle et ne sont nullement à prendre comme des règles universelles. Leur seul intérêt est d’essayer de vous aider à forger votre propre expérience.