20/12/2007

Under pressure...

Tout d’abord, pardonnez-moi, amis lecteurs de vous avoir trop longtemps délaissés...
Ces derniers mois ont été rudes : beaucoup de projets, beaucoup de missions et fort peu de temps au bout du compte. Ceux qui me connaissent bien commencent à me dire que j’ai la mine fatiguée... c’est dire :P)

Beaucoup d’animation donc ces derniers temps tout autour de nous... et pourtant, c’est de solitude que j’ai envie de vous parler aujourd’hui ! La solitude de l’entrepreneur quand, par exemple, viens le jour où il faut faire face à des résultats peu brillants.

Vous le savez, nos communiqués de presse vous en ont informé, l’année 2006 et le premier semestre 2007 se sont -pour la première fois dans la jeune vie de notre entreprise- clôturés par un résultat négatif. C’est la conséquence des très nombreux investissements et développements qu’a conduit notre société l’an dernier... Mais alors que, comme le confirme l’adage, il faut semer pour récolter, c’est dans ces moments là que l’on réalise que l’on est parfois un peu seul pour soutenir les projets que l’on porte jour après jour à bout de bras.

Nos récents investissements en Roumanie, par exemple. J’y crois à 100% ! Je suis convaincu que l’avenir de l’entreprise passe -entre autres- par le succès de ce projet. Et franchement, c’est parfois un peu dur de constater que certains s’impatientent autour de soi et ne partagent pas la même foi ; l’entrepreneur est alors parfois bien seul lorsque le cours de bourse « s’éloigne des cimes »... (c’est le moins que l’on puisse dire...)

Il faut semer pour récolter
... j’aime bien ce proverbe. Il ne prend véritablement tout son sens que dans les jours un peu plus gris. Quand tout tourne bien, l’adage va de soit... Mais lorsque les temps sont moins roses, il faut l’esprit d’entreprendre pour continuer à semer. Car les choses ne vont jamais aussi vite qu’on le souhaiterait. Tout chef d’entreprise vous le dira : il faut généralement entre 6 et 12 mois pour que les décisions qui ont été prises se concrétisent et portent leurs fruits. Le démarrage de nouveaux projets coûte cher et prend encore plus de temps... a fortiori lorsque ceux-ci sont audacieux. La pression sur les épaules de l’entrepreneur se fait alors plus forte. Et c’est dans ces moments là que l’on jauge la véritable soif d’entreprendre.

18/07/2007

Fruits de la passion...

Dans ma dernière note, je vous promettais une nouvelle petite histoire de nos aventures en Roumanie... et comme nous sommes en juillet, c’est de crèmes glacées que j’ai envie de vous parler !

Lors de l’une de mes toutes dernières visites professionnelles en Roumanie, j’ai eu l’occasion de faire la rencontre d’un intrépide entrepreneur qui, il y a un peu plus de 10 ans, a eu l’idée de se lancer dans le secteur de la crème glacée. Cette entreprise locale, Kubo Ice Cream Cy, est aujourd’hui l’un des clients de notre imprimerie de films plastiques pour l’industrie alimentaire.

En 10 ans, la petite affaire s’est bien développée et est devenue un très beau succès. J’ai été invité à visiter l’entreprise et j’ai été frappé par le site de production... particulièrement bien aménagé et d’un niveau de propreté exemplaire. De plus, le patron sait recevoir : séance de dégustation de ses produits en salle de réunion... une très charmante petite attention que le gourmand que je suis a su apprécier !
Mais soyons sérieux... tout cela témoigne surtout de l’esprit qui règne au sein de l’entreprise : celui du partenariat. En affaires, on n’est jamais seul. Les relations que vous entretenez aussi bien avec vos clients que vos fournisseurs s’inscrivent dans un cadre global.

Des entrepreneurs comme celui-là, il en existe un certain nombre aujourd’hui en Roumanie. Des hommes et des femmes qui, il y a une dizaine d’années, ont bravé les contraintes d’un système politique castrateur et d’un contexte économique difficile pour vivre leur rêve et devenir entrepreneurs. Mais à l’époque, dans une Roumanie qui tournait à peine la page du communisme, les cieux étaient peu propices aux investissements et aux chefs d’entreprise en herbe. Leurs parcours furent longs et ardus. Tant bien que mal, ils ont développé leurs entreprises, y ont investi, les ont fait grandir ; souvent avec davantage de talent que de moyens.  Mais pour certains le résultat est là. Ils ont conduit leurs barques en capitaines d’industrie et bénéficient enfin aujourd’hui de l’ouverture et de la croissance du pays. Ces entrepreneurs récoltent maintenant les fruits de la passion... la passion d’entreprendre.

28/06/2007

Saines lectures...

J’aime lire. Notamment la presse d’actualités quotidienne et périodique, particulièrement économique et financière. C’est pour moi une mine d’informations, de pistes de réflexions, de nouvelles idées. Ce qui m’intéresse surtout c’est de pouvoir en retirer quelque chose de pratique que je puisse mettre en action à mon niveau, dans mon activité. Je ne suis pas un théoricien ; par contre, je pense que l’on apprend beaucoup par le partage de ses opinions et de ses expériences ; c’est d’ailleurs l’idée sous-jacente de ce blog :-)

Ceux d’entre vous qui ont l’habitude de feuilleter le magazine belge Trends Tendances connaissent très certainement les noms de Rudy Aernoudt et Geert Noels ; deux collaborateurs indépendants et réguliers du périodique. Le premier est secrétaire général au département EWI (Economie, Wetenschap en Inovatie... traduisez Economie, Sciences et Innovation) du gouvernement flamand ; le second, économiste en chef chez Petercam. Dans leurs rubriques respectives, les deux chroniqueurs partagent régulièrement leurs opinions sur des sujets divers et variés. Ce sont deux pages que j’apprécie beaucoup et que je ne manque jamais de lire... Les propos sont souvent engagés, parfois polémiques, mais -selon moi- toujours empreints de bon sens.

Dans le numéro 24 du 14 juin dernier, Rudy Aernoudt s’exprimait (dans un article intitulé « Recherche dirigeants charismatiques ») sur la situation post-électorale de ce mois de juin 2007. L’on pourrait résumer son propos en deux phrases : « Une société où le non travail est le modèle, est condamnée à perdre sa compétitivité » et « Pour réaliser les réformes indispensables dont la Belgique a besoin, il ne nous faut pas une tripartite paralysante mais un gouvernement réunissant des hommes d’Etat charismatiques (au lieu de politiciens) et une opposition proactive forte ». Pour Rudy Aernoudt, le système social et fiscal du pays fait de la Belgique (le seul pays d’Europe où les allocations de chômage sont illimitées dans le temps) « un paradis pour chômeurs ». Les salaires sont trop faibles par rapport aux allocations et encouragent les gens à ne pas travailler, du moins pas dans le circuit officiel. Entre-temps, les employeurs se lamentent d’une pénurie de main d’oeuvre (il y aurait 200.000 emplois vacants en Belgique) faute d’un niveau global de formation inadéquate. Et Aernoudt de conclure : le défi majeur qui attend le nouveau gouvernement sera donc de faire bouger les mentalités en conduisant des réformes indispensables qui dépassent enfin le stade des déclarations d’intention... il ne reste à espérer qu’il le relève.

Très franchement, mon objectif n’est pas d’entretenir un blog politique... mais un entrepreneur comme moi ne peut qu’abonder dans le sens du propos de Rudy Aernoudt. Bien évidemment, si le problème était simple, il aurait été résolu depuis longtemps... Mais la gestion d’entreprise et l’administration de la chose publique ont en commun que  fatalité et résignation ne sont plus des options aujourd’hui.

Dans le même numéro, une dizaine de pages plus loin, c’est l’opinion de Geert Noels qui s’exprime dans un article baptisé « L’Europe penche vers l’Est ». Dans sa chronique, Noels compare les économies américaines et européennes et se demande pourquoi l’Europe se porte-t-elle mieux que les Etats-Unis ? La réponse : l’économie européenne est tournée vers l’Est, alors que l’américaine est repliée sur elle-même. Pour lui, 2005 est une année charnière, un fait historique : c’est à partir de cette année que -pour la première fois- l’économie européenne est davantage tournée vers l’Est que vers l’Ouest. Pour Noels, ce virage à l’Est a supporté le redressement économique de la zone euro alors que les Etats-Unis connaissaient la récession. Pour l’économiste en chef de Petercam, la conclusion est donc limpide et la nouvelle règle vaut pour toutes les entreprises : « Définissez une stratégie pour l’Est ou vous ne serez peut-être plus là dans 10 ans ».

Inutile de vous dire que pour ma part, Geert Noels prêche un convaincu... !
Je vous ai déjà longuement entretenu de nos développements en Roumanie. Je vous raconterai d’ailleurs encore une autre histoire à ce sujet d’ici peu...

Je voulais partager ici avec vous les récits de deux chroniqueurs que j’ai plaisir à lire régulièrement.
Je ne me pose ni en juge, ni en admirateur de leurs propos. Je le répète, ce qui m’intéresse, c’est de glaner des avis, des opinions, des idées... et de pouvoir les mettre à l’épreuve de ma propre réalité.

19/06/2007

Réponse de Frère Matthieu (le surprenant entrepreneur)...

Après avoir lu ma dernière note, Frère Matthieu m'a écrit un e-mail pour me donner son sentiment sur le texte... Je le trouve particulièrement intéressant et je vous le livre ici (après lui avoir demandé l'autorisation, bien entendu... :-)

Cher Pascal,

De retour pour quelques jours chez mes parents, j’en profite pour me reposer un peu.
Les cinq messes sur le week-end et la conférence que Monsieur le doyen de Peruwelz m’a demandé d’assumer, plus mon devoir d'électeur, m’ont laissés le temps d’aller visiter ton “blog”.

Je suis très touché par ce que tu y as écrit. Il faut dire que j’apprécie beaucoup ce regard “latéroscopique” que des personnes qualifiées dans un tout autre domaine que le nôtre posent sur nos activités. Personnellement, je ne me suis jamais analysé comme un “entrepreneur”, bien que ce terme me semble tout à fait adapté, mais je reconnais m’inscrire dans le sillage d’une très longue épopée monastique qui a façonné le paysage européen depuis plus de mille an. La toute petite goûte d’eau d’Adunatii Copaceni est un bourgeon contemporain de cet élan vital que l’inculturation de l’Evangile du Christ a fait éclore dans ce printemps roumain de l’après 1989. Même si mes frères et moi-même en sommes de fait les acteurs et que nous en éprouvons une légitime fierté, notre initiative doit être lue et analysée dans cette perspective historico-critique de la vitalité pluri millénaire d’une église au service de l’homme dans tous les conditionnements où celui-ci évolue à travers les siècles...

Ton champs sémantique exprime comme de l’extérieur mais avec justesse et pertinence notre fougue ardente fondée sur l’abandon à la Sainte Providence qui te semble une insupportable contrainte que nous vivons dans la plus grande sérénité. Pour nous chaque don, même le plus modeste, chaque geste d’amitié et d’encouragement comme le tien, valide au quotidien notre marche dans la bonne direction. La chance, l’opportunité, les rencontres providentielles tout comme les difficultés de personnes, de moyens, de circonstances sont des indicateurs permanents qui nous permettent de saisir avec acribie les options à prendre pour poursuivre notre “entreprise” au delà des résultas quantifiables immédiats. Dans ce contexte tout autre que le tien, on pourrait dire que nos “actionnaires” sont plus nos bénéficières que nos donateurs; pour ces derniers, nous en sommes sûrs, les “dividendes” ne manqueront certes pas dans l’éternité qu’ils y croient ou pas. Nous prions pour eux dans la discrète et sincère reconnaissance de notre vie donnée et la joie qui nous habite...

Dans l’heureuse perspective de te revoir et de continuer nos échanges;

--
frère Matthieu
Congrégation Saint Jean
Bucuresti

15/05/2007

Un surprenant entrepreneur...

Comme vous le savez, depuis plus d’un an que nous avons investi et créé une entreprise en Roumanie, je me rends là-bas à raison de deux fois une semaine tous les mois.
L’un de mes derniers séjours m’a donné l’occasion de faire la connaissance d’un entrepreneur pour le moins surprenant...  Il s’agit pourtant d’un chef d’entreprise qui lève des fonds, se crée un réseau professionnel, développe et concrétise des projets... Bref,  un « entrepreneur » selon la définition classique du terme mais dont les objectifs sont quelque peu... différents. Ces objectifs sont empreints d’altruisme et les éléments «  temps » ou « délais d’avancement » dans ses projets ont moins d’importance qu’à l’accoutumé et passent au plan secondaire. 

Cet entrepreneur pas comme les autres, c’est Frère Mathieu.
Il y a quelques semaines à peine, j’étais son invité au sein de la Congrégation Saint-Jean à Bucarest et j’ai pu visiter le site Adunatii Copaceni, situé à l’extérieur de la capitale.  Il s’agit d’une vaste propriété, jadis à l’abandon, dont les nombreux bâtiments et dépendances étaient en très mauvais état, voire pratiquement en ruine.  Le site est aujourd’hui géré par Frère Mathieu.  Avec d’autres Frères de la Congrégation, il travaille à la restauration du site avec le projet d’y regrouper les partisans catholiques et orthodoxes, dont les croyances sont différentes certes, mais très rapprochées. 

Par la force du hasard, ayant rencontré des jeunes dans le besoin, Frère Mathieu a décidé, à côté de son projet initial, que le site Adunatti Copaceni pourrait par ailleurs devenir un lieu d’accueil pour les enfants de la rue, que l’on appelle là-bas les « volontaires ».  Ces enfants de tous âges doivent obtenir l’autorisation d’être hébergés sur le site, et peuvent repartir dès qu’ils en trouvent la force, pour éventuellement demander ensuite à y revenir vivre quelques temps en cas de problème. 

Au sein de la Congrégation, ils sont écoutés et aidés évidemment, mais surtout ils sont amenés à travailler, à participer aux tâches, ménagères, agricoles, par exemple, et aux travaux d’aménagement des locaux, en fonction de leurs compétences. A ce jour, les principales réalisations sont la transformation de dépendances en cuisines, en salles à manger et en chambres pour les volontaires. La prochaine étape sera la finalisation de l’atelier de menuiserie, où sont regroupés quelques scies ou autres matériaux et outils « de récupération ».

La vie sur le site Adunatii Copaceni est organisée en autarcie. Les produits consommés sont préparés sur base de ce qui est disponible sur le site.  Il y a des animaux, des arbres fruitiers, des potagers.  Un vieil hangar abrite un tracteur de quelques générations antérieures.

Le projet développé par Frère Mathieu est donc des plus admirables. Mais la gestion de son entreprise n’est pas facile... Les seuls moyens à partir desquels le projet peut évoluer sont tout à fait limités : tout provient de dons réalisés au bénéfice de la Congrégation. Les travaux sont réalisés par les volontaires, avec de l’outillage parfois inadapté, et des matériaux souvent insuffisants.  Quand les fonds viennent à manquer, il ne reste alors qu’à attendre un nouveau don, qui permette de poursuivre les chantiers engagés.

Lorsque je repense à Adunatii Copaceni, où j’ai d’ailleurs rencontré d’autres hommes d’affaires belges ou français ayant développé du business en Roumanie, et à mon rôle comme entrepreneur, je me dis que -personnellement- je ne pourrai pas m’engager dans un tel projet.  Notamment parce que j’ai besoin que les projets avancent rapidement et que je n’aurais pas la patience d’attendre… 
Mais je ne peux être qu’admiratif devant ce surprenant entrepreneur... Quel rôle remarquable, qu’est celui de Frère Mathieu et quelle conviction d’arriver un jour à ses fins, en passant par de nombreuses étapes réalisées au compte-gouttes. 
Si j’avais jusque là une certaine vision du monde monastique, j’étais loin d’imaginer que des entrepreneurs tels que Frère Mathieu puissent utiliser avec autant de « professionnalisme » les mêmes méthodes qu’un chef d’entreprise « classique »... Même si les objectifs sont au combien différents.

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